Suspectée de violences mortelles sur son bébé : la cour d’appel la maintient en détention pour avoir enfreint son contrôle judiciaire
L’affaire remonte à novembre 2025. Une mère est suspectée d’avoir commis des violences sur son bébé. L’enfant a été hospitalisé et malheureusement il est décédé. La mère visée par une enquête. Elle a été incarcérée pour avoir violé son contrôle judiciaire. Mercredi 4 février, cette femme a demandé à sortir de prison mais l’avocat général a réclamé avec force le maintien en détention estimant que c’était une manipulatrice. "C’est quelqu’un de froid qui agit pour sauver sa peau", a-t-il déclaré.
"C’est un appel particulièrement choquant", lâche l’avocat général face une femme suspectée d’avoir commis sur son bébé de quelques semaines "des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner" en novembre 2025.
À cette époque la mère avait été autorisée à se rendre aux obsèques de son enfant. Les recoupements et les vérifications avaient mis au jour des soupçons sur la jeune femme qui conteste les violences. Ainsi, l’enquête suivie par le juge étant en cours et la mère sous contrôle judiciaire aurait enfreint les obligations judiciaires en rencontrant son compagnon. Ce qui était formellement interdit.
La mère a relevé appel de son incarcération alors que, dans un premier temps, la justice lui avait fait confiance et l’avait placée sous contrôle judiciaire. Ce mercredi 4 février au matin, elle a demandé à sortir de prison à la cour d’appel de Nîmes.
La colère de l’avocat général
L’avocat général n’a pas caché sa colère. Il s’est dit d’autant plus choqué que cette dame "a participé à la mort de son enfant", précise-t-il devant la chambre de l’instruction où l’ambiance s’est alourdie. En effet, derrière une banale affaire de contrôle judiciaire, un rebondissement déterminant et surprenant est apparu ce mercredi sur le rôle présumé de cette mère de famille. A-t-elle essayé de manœuvrer en coulisses pour se dédouaner ?
Lors de l’évocation brève de l’affaire, il a été précisé qu’elle avait violé son contrôle judiciaire. Lequel avait été mis en place après sa mise en examen pour violences ayant entraîné la mort sur son enfant.
Risque de construire une version
La cour d’appel n’examinait pas le fond du dossier mais seulement l’éventualité d’une remise en liberté – à nouveau – sous contrôle judiciaire. Mais le hic de l’affaire, c’est justement le contrôle judiciaire initial qui a été révoqué par le juge d’instruction.
Cette dernière, s’est aperçue que la mère de famille n’aurait pas respecté certaines dispositions, en l’occurrence de ne pas rencontrer son compagnon pour éviter les risques de concertation et empêcher l’élaboration d’une version construite pour tenter d’échapper aux poursuites.
C’est précisément ces écarts qui ont suscité la colère l’avocat général, face à cet appel de placement en détention.
"Une véritable manipulatrice"
Un élément déterminant a été évoqué devant la chambre de l’instruction durant une audience où le magistrat de l’accusation n’a pas caché son irritation. Il a qui dépeint la mère de famille comme "une véritable manipulatrice".
Un peu plus tôt le président, Christophe Teissier, avait pris soin de rappeler les différents épisodes de la procédure. Cette dame avait été placée initialement sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction et le parquet avait relevé appel de cette liberté surveillée finalement confirmée par la chambre de l’instruction il y a quelques semaines.
En clair, la cour d’appel a donné raison au juge d’instruction et a confirmé le contrôle judiciaire mais sans savoir à ce moment que la mère allait avoir des échanges interdits avec son conjoint qui est le père de l’enfant décédé et d’un autre enfant.
"Échanges importants avec votre compagnon"
Le président s’adresse à la femme qui est dans le box des détenus : "Il apparaît que vous avez eu des échanges importants avec votre compagnon". Le président ajoute : "vous aviez bien compris les obligations du contrôle judiciaire". Dans le box, petites lunettes cerclées de fer, la mère répond : "on avait pris ma fille, on a pris ma vie, j’étais en détresse […] j’étais tétanisée".
Le président Teissier va droit au but."Mais qu’est-ce qui nous ferait croire que vous respecteriez davantage le contrôle judiciaire ?"."J’irai loin d’ici", jure la suspecte avec des trémolos dans la voix.
Me Annélie Deschamps, son avocate, tente de relativiser l’intention de ne pas respecter le contrôle judiciaire."Elle a rencontré son conjoint au sein de la cellule familiale" qui certifie que désormais l’éloignement proposé conjugué à un suivi de soins permettra de respecter le contrôle judiciaire. Me Deschamps précise, pour illustrer la fragilité de sa cliente que cette dernière a été prise en charge en psychiatrie durant quelques jours avant d’être incarcérée.
"Elle s’est fait passer pour un enquêteur"
L’avocat général monte au créneau, "dans toute ma carrière, je n’ai jamais vu ça", tempère ce magistrat d’expérience et rappelle les épisodes de la procédure : contrôle judiciaire, appel du parquet, contrôle judiciaire finalement ordonné par la chambre de l’instruction.
Il ajoute un élément qui provoque un effet de souffle : "avec un couple qui se met d’accord pour faire porter le chapeau à l’autre enfant parce qu’elle ne risque rien".
Le magistrat du parquet général embraye et souligne la dimension inouïe de la situation. "Elle s’est fait passer pour un enquêteur et a téléphoné au juge d’instruction et au légiste", pour obtenir des informations. Ces éléments laissent penser qu’une écoute téléphonique aurait pu intercepter la conversation où cette mère appelle la juge d’instruction en se faisant passer pour une enquêtrice. La juge pourrait avoir été étonnée voire surprise de la retranscription des propos.
Dominique Sénéchal demande à la cour de maintenir cette femme en prison. "C’est quelqu’un de froid qui agit pour sauver sa peau". La cour va-t-elle libérer cette mère ? Réponse ce jeudi 5 février.